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mardi 3 juin 2014

Un garçon convenable, de Vikram Seth

Un garçon convenable

L'histoire :
Inde, au début des années 1950, juste après la partition d'avec le Pakistan. Madame Rupa Mehra décide de marier sa fille cadette, Lata, à un garçon convenable...

Mon avis :
Vikram Seth a réalisé une véritable fresque de l'Inde du début des années 1950. Sur plus de 1200 pages, il nous brosse un portrait complet de la société : politique, économique, social et culturel. À travers les familles Mehra, Kapoor, Khan et Chatterji, qui sont plus ou moins liées entre elles, l'auteur entre dans les détails de la vie de l'époque : la modernité côtoie l'archaïsme, il est extrêmement difficile de faire bouger des siècles de traditions, malgré la bonne volonté de certains.

Les personnages sont attachants. Ils sont creusés, étudiés, décortiqués. Lata Mehra, jeune fille de dix-neuf ans, souhaite vivre dans la modernité, mais le cadre familial, et surtout sa mère, vont la tirailler. J'ai trouvé le personnage de madame Rupa Mehra totalement archaïque : le niveau social, les castes et la religion ont une extrême importance, à ses yeux, dans le choix d'un mari pour sa fille. Dès que quelque chose ne lui convient pas, elle défaille ou se met à pleurer en disant qu'on veut sa mort. Elle est ancrée dans son immobilisme.
Maan Kapoor est un jeune homme insouciant quant à son avenir. Fils du ministre du trésor du Purva Pradesh, il ne pense qu'à s'amuser. Son père, Mahesh Kapoor, mène une grande réforme agraire. Il y a de nombreux autres personnages, comme Amit Chatterji (poète), Firoz Khan (avocat et fils d'un nawab), etc.

Vikram Seth nous présente, avec de nombreux détails, la vie de ces personnes qui sont dans l'ensemble très attachantes. Le lecteur va voir les transformations qui se produisent et les choix que devront faire les différents protagonistes. L'auteur décortique aussi, et parfois trop, le fonctionnement politique, les échanges tendus à l'Assemblée législative, le déroulement des élections. En parallèle, on découvre aussi le monde économique, avec l'industrie de la chaussure: des petites boutiques artisanales aux grands groupes nationaux. L'ensemble baignant dans les fêtes religieuses omniprésentes dans le fonctionnement de l'Inde de cette époque.

C'est une fresque immense. À part quelques longueurs dans les parties politiques, j'ai apprécié cette lecture.

Éditeur: Grasset
Nombre de pages: 1224
ISBN: 978-2-2464-8261-1

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mercredi 2 avril 2014

La vraie vie de Kevin, de Baptiste Rossi

La vraie vie de Kevin

L'histoire :
Kevin Mouche a seize ans. Adolescent désoeuvré, il accepte de participer à une émission de téléréalité un peu particulière. Chaque choix de sa vie est soumis au vote des téléspectateurs...

Mon avis :
L'auteur, Baptiste Rossi, a dix-neuf ans. Avec ce roman, il a eu une bonne idée. Le lecteur trouvera une satire crédible du potentiel dérapage des médias, de l'utilisation qui en est faite par la population et surtout, les jeunes qui sont souvent déconnectés des réalités. D'ailleurs, le choix du prénom du héros n'est pas anodin.

Les thèmes de l'adolescence, de la société sans limites pour faire de l'audience ou gagner facilement de l'argent, sont vraiment bien amenés et utilisés au cours de l'histoire. Kevin est totalement dans son monde: un monde virtuel, où le superflu et l'accessoire semblent la norme. Il est scotché sur Facebook vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les autres membres de sa famille ne sont pas en reste : sa mère ne pense qu'à elle-même, son père semble désabusé. Seule, sa jeune sœur semble avoir les pieds sur terre: elle crie au scandale quand elle voit comment l'émission évolue. Le responsable de l'émission, Antoine Soro est totalement déjanté: il a des idées surréalistes pour faire de l'audience et donc gagner beaucoup d'argent. (Mais quand je vois certaines émissions de télévision, ce n'est peut-être pas si déjanté que ça...)

Même si Baptiste Rossi caricature un peu, le lecteur retrouvera une société qu'il connaît. L'auteur va loin dans les événements qu'il déclenche, et par moments, je me suis dit que cela pourrait arriver réellement s’il n'y avait pas les garde-fous nécessaires. Du côté des reproches, Baptiste Rossi a choisi d'aborder l'histoire en dévoilant la fin, puis de la raconter. Je trouve que cela diminue fortement l'impact du roman. Par moments, il a un style clair et limpide, et puis il part dans des digressions et circonvolutions sans fin afin d'essayer de faire comprendre la psychologie d'un personnage. À mon avis, tous ces passages alambiqués alourdissent l'histoire et freinent la lecture. C'est vraiment dommage, car cela rend ce roman moyen, très moyen.

Éditeur: Grasset
Nombre de pages: 236
ISBN: 978-2-246-81175-6

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